Mireille Martin

Démarche

Deux carrés, et tout ce qui en découle

Histoire d'un parcours

Tout a probablement commencé avec l'exigence d'un professeur de mathématiques et les figures générées par les problèmes de géométrie qui me fascinaient. Dans le domaine artistique, la découverte de l'abstraction géométrique fut une révélation, et les œuvres d'artistes tels que Malévitch, Mondrian, Ellsworth Kelly, Vera Molnár, Josef Albers suscitèrent mon admiration.

Puis, plus tard, les voyages en Chine avec la découverte de sa philosophie, de sa calligraphie, ont été déterminants : l'importance du vide et du plein, du noir et du blanc.

Ces quelques éléments sont constitutifs de ma démarche artistique. La réalisation de mes œuvres répond à des contraintes « oupeinpiennes » : chaque tableau contient un carré noir, un carré blanc, et autant de noir que de blanc.

Chacune de mes créations est destinée à l'esprit contemplatif, à ces instants où l'on replonge à l'intérieur de soi-même.

La règle

La géométrie a toujours été pour moi source de poésie et prétexte à m'évader. Chaque tableau est une variation géométrique construite à partir de deux carrés : un noir, un blanc, en respectant l'équilibre noir/blanc pour l'ensemble du tableau.

C'est un travail méditatif sur la ligne et l'espace dans lequel l'harmonie est toujours convoquée. Puissance du noir et géométrie du blanc, ou puissance du blanc et géométrie du noir : perplexité de toute façon.

Mireille Martin dans son atelier
Mireille Martin

Filiations revendiquées

Kazimir Malévitch · Piet Mondrian · Ellsworth Kelly · Vera Molnár · Josef Albers · Aurélie Nemours

Le tableau fondateur : un carré noir, un carré blanc
Un carré noir, un carré blanc : le point de départ de tout le reste.

Critique

Une perfection formelle par de simples contrastes de non-couleurs

Mireille Martin est venue à la peinture après avoir réalisé des carnets d'artistes, dans lesquels elle découpait aux ciseaux des formes géométriques. Fascinée par l'abbaye de Fontevraud et sa magie en noir et blanc, elle a délibérément orienté son œuvre peint vers le choix de figures épurées en « non-couleurs » fondamentales, qu'elle décline inlassablement dans ses « Allers-Retours », opposition des contraires.

Attirée par l'expressionnisme abstrait, l'artiste travaille dans l'esprit de l'abstraction géométrique. Apparue dans le premier quart du XXᵉ siècle, celle-ci retrouve aujourd'hui une vigueur exceptionnelle grâce à des peintres tels que Mireille Martin, dont l'art est basé sur la combinaison et la variation de formes abstraites. L'assemblage d'éléments bien construits et d'une simplicité radicale lui permet de morceler l'espace et de le mettre en valeur par des aplats noirs et blancs, en jouant sur l'orthogonalité et la diagonale. Au-delà de la simple représentation mathématique rigoureuse, avec une extrême sobriété et une grande économie de moyens, elle nous démontre — tant dans ses acryliques que dans ses encres de Chine — sa capacité à créer la perfection formelle par des équilibres remarquables et de simples contrastes de non-couleurs.

Elle affirme sa conception de l'art : « La géométrie a toujours été pour moi source de poésie et prétexte à m'évader. » Ses voyages en Chine ont également été déterminants dans son parcours artistique, très marqué par la philosophie chinoise. Sa démarche est pour elle autant une réflexion esthétique qu'une véritable méditation picturale. Mireille Martin impose un style dont se dégagent un rythme, un dynamisme et une harmonie parfaite, sans cesse renouvelés.

— Francine Bunel-Malras, historienne de l'art

Récit

Si on demande à Mireille Martin « D'où vient tout cela ? », elle part dans un long récit qui se déroule à partir d'un cahier de maths, celui de la classe de troisième : « La professeur était une sorte d'esthète. » En effet, elle exigeait que les figures soient effectuées sur du papier à dessin, puis collées à côté du devoir. Un cahier soigné, aimé, perdu.

Il y a aussi, bien plus tard, la rencontre avec Fontevraud, ce lieu en noir et blanc avec ses couloirs rectilignes dallés de carrés. L'endroit fascine Mireille ; elle y reviendra souvent. Multiplication des visites. Allers et retours.

Lors d'une visite, on remet un petit livre dont la mise en page l'interpelle : une seule image par page, de petite taille, contenue dans un carré situé au centre de la page, et un seul mot, pour décrire la vie des moniales et celle des détenus. Passé le milieu du livre, les images apparaissent à l'envers, car le livre est réversible, offrant selon l'abord des scènes de la vie au couvent, ou des scènes de la vie en prison.

Les images, tout comme le texte du petit livre, abolissent plus qu'elles ne soulignent les différences. Le pain quotidien des uns ne diffère en rien du pain quotidien des autres ; les uns rêvent, et les autres rêvent aussi. Les cellules sont des cellules.

Ce curieux miroir semble concentrer, dans le seul geste du retournement du livre, le détournement de ce lieu. On est bien dans l'abstraction…

Mireille raconte qu'elle se saisit de ciseaux et découpe les carrés : geste premier d'une démarche abstraite. Tandis que les images tombent, les carrés restent comme autant de fenêtres sur des objets encore plus épurés, plus secrets. Elle commence à peindre, à même le petit livre, des à-plats noirs ou blancs, à partir des carrés.

Autant de noir que de blanc, exactement : elle le veut ainsi. On peut voir dans cette exigence l'ombre de la Règle ou du règlement, un souci d'ordre, de rigueur mathématique ?

Mireille, elle, parle d'harmonie, de calme, d'équilibre et de sérénité.

— Annette Pharamond